
De g. à d. : Marie Vialle, Vincent Dietschy, Stéphane Kraus © Daniel Martinez, 1996
Repères biographiques
Bataille pour la conception et la réalisation de ce site
C’est la première fois que je m’occupe de concevoir et de construire un site internet de A à Z.
Celui-ci vous semble peut-être simple — ce serait déjà ça — mais, en vrai, rien n’est simple quand vous partez de zéro, que le développement d’un site, pour vous, c’est du chinois, et que vous étiez à des années-lumière de penser vous y intéresser un jour.
Pour que tout soit encore un peu plus compliqué, vous allez (plus ou moins vite) vous rendre compte que les trois grands types d’appareils (ordinateur, smartphone, tablette), auxquels vous destinez votre site, sont déclinés dans différents modèles par de nombreuses marques, qui interprètent de façons différentes vos tentatives de mise en forme, ce qui implique d’innombrables recherches et essais sur ces appareils (simulés en ligne, ouf !) avec, à la clé, des évolutions profondes de votre architecture (le fameux « développement »), que vous allez prendre en charge, geste après geste, dans les règles incontournables de l’art, apprises sur le tas, comme vous le pouvez, sous un déluge d’effets douloureux en cascade. Car ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les footballeurs de la Ligue des champions, et ici comme sur le terrain : tout se joue sur des détails et les erreurs se paient cash.

Malgré tout, votre travail va, peu à peu, apparaître sur vos propres appareils ainsi que sur une vingtaine de simulations de smartphones, d’ordinateurs, de tablettes — si vous avez l’impression que le texte que vous êtes en train de lire fait du sur place, sachez que c’est voulu, car cela correspond à une tentative de vous faire éprouver, justement, un peu de cette expérience si particulière que constitue la construction d’un site ; mais poursuivons : ce que vous allez découvrir en cours de route va souvent vous obliger à tout recommencer, dans une quête nécessaire d’équilibre entre petits, moyens et grands écrans, appareils, navigateurs, et il vous faudra alors parcourir à nouveau, mais par d’autres voies (ce serait trop facile), tout le chemin que vous espériez bien avoir laissé derrière vous.
Vous devrez aussi entrer dans l’intimité des « codes CSS additionnels », en arpentant leurs tunnels interminables, gouvernés par des règles invisibles et qui ne mènent nulle part (mais qui peut supporter ça, franchement, sur cette Terre ?) ; affronter, un à un, pour essayer de les contourner (ce qui finit toujours par arriver, mais… quand ?) tous les blocages de votre « thème » (ici Twenty Twenty-Four pour celles et ceux à qui ça parle), autrement dit une sorte de modèle pré-construit, généré par la plateforme qui vous héberge, et censé vous simplifier la vie, sans presque jamais correspondre à ce que vous espérez, ce qui hélas vous conduit à un surcroît de travail ; emmagasiner une bonne dose de règles typographiques (pas vraiment votre quotidien) et, bien sûr, lutter (pendant des jours, des nuits) pour sauver des vilains bugs, des méchants fantômes numériques et des anneaux du boa constrictor WordPress, votre peau et celle de votre bébé — dans le cas présent, ce site, qui a d’abord eu pour nom Librement !, puis Plans séquences.
Alors, je me pose la question : sont-ce les choix de ces titres qui m’ont, ironiquement, porté malchance, au point de m’enchaîner à mon ordinateur, tant de fois pendant plus de vingt heures de suite ?
Un beau jour, je me suis rendu compte qu’on pouvait se dispenser de donner un nom à un site et, aussitôt — miracle ! —, une quantité de problèmes typographiques, logistiques, esthétiques, sémantiques ont disparu, sans toutefois, mille fois hélas, que pour autant disparaisse le maléfice.

La plateforme qui héberge le site a bonne réputation, elle est sans doute bien faite, « intuitive », comme on dit, mais bon… J’aurais préféré travailler aux finitions d’Un si beau film de cinéma, aller à la piscine ou vivre un peu. Après tout, nous sommes en été.
Je me faisais la réflexion tout à l’heure, au terme d’une nuit ordinaire, c’est-à-dire réduite comme peau de chagrin, entre cauchemars informatiques et inquiétude de devoir repousser encore, pour cause de solutions non trouvées et chronophages, la publication du site et celle de Non d’un film ! Lettre ouverte au cinéma, laquelle serait en partie rendue obsolète — ma crainte de ces dernières semaines — si le futur tournage de Sous la Seine 2 était annoncé officiellement, car il y aurait dès cet instant tant de choses supplémentaires à dire, à faire savoir, à rendre publiques… Si toutefois mes adversaires osent cette suite, comme cela semble être le cas. D’ailleurs, peut-être que ce n’est pas une question d’audace, ni de risque, mais de simple logique industrielle, vu le succès commercial de leur premier volet.
Mais je reviens aux moutons « qui sautent dans mon lit » comme le chante si joliment Barbara. Je me disais donc : ce doit être quelque chose de ce genre, quand on a la chance d’être jeune parent : des nuits trouées, quand elles existent, entre nécessité et intranquillité.
Et puis, tout le reste : la mise en place de la diffusion de la lettre ouverte ; l’avancement de la collecte ; l’accaparente et chronophage procédure judiciaire ; le travail quotidien aux côtés de mes avocats, Maîtres Benoît Huret et Guillaume Prigent ; les soucis administratifs à régler, qui envoient leurs pilotes de chasse en escadrilles de plus en plus serrées. Je ne me plains pas. Je me demande seulement, de temps en temps, ce que j’ai fait, ou pas, pour que l’existence veuille à ce point me prélever une livre de chair. C’est le contraire d’une consolation, mais j’imagine que c’est pareil pour tout le monde, qu’au fond, c’est la vie, et j’ai au moins l’impression d’être un peu moins seul quand j’essaie de vous décrire la mienne.

Cette tentative de partage me sert aussi de test, avec ce long passage intime (« personnel », pour reprendre le mot que m’écrivait l’été dernier Cédric Klapisch, en tant que représentant de la SRF, pour qualifier le « genre de litige », toujours selon ses mots, qui m’oppose à Netflix ainsi qu’à quelques professionnels).
Il m’a fallu de nombreuses heures pour écrire ma première lettre ouverte, dont beaucoup passées en relecture, pour qu’elle finisse par dire ce qu’elle a à dire, mais aussi pour essayer de la faire correspondre au format demandé par la presse.
À l’opposé, je parle ici sans me relire, fébrile, mais aussi concentré que lorsqu’on roule une feuille de papier dans le goulot d’une bouteille qui va bientôt flotter sur l’océan.
Pour voir ce que ça donne. Voir si c’est intéressant, le style blog. Qui sait ? Peut-être que je pourrai ajouter ce genre d’écrit au site, surtout si je reçois des messages qui m’y encouragent (par exemple ici), comme au cours de l’écriture de mon feuilleton autobiographique, dont je viens de découvrir que chaque épisode est en accès libre en cliquant ici ou en cliquant là, ou encore là, ou bien là — encore merci à Nicolas Marcadé et aux Fiches du Cinéma pour leur proposition originelle et leur accueil.

Tournage Idhec en 1985, feuilleton autobiographique, épisode 8
En attendant d’avoir le temps de vous présenter ici un vrai autoportrait (je n’avais pas envie de publier un curriculum vitae, même si je souhaite vous adresser la liste complète de mes films, dont ceux qui n’existent pas encore sur internet), excusez-moi du pauvre copié-collé ci-dessous, issu de ma collecte Ulule, histoire de répondre à l’intitulé de cette page, « Repères biographiques », et à ce qu’elle exige d’esprit de synthèse.
Vincent Dietschy, Paris, été 2025
Bio express
Auteur-réalisateur pour le cinéma (prix Jean Vigo, prix dans de nombreux festivals en France et à l’étranger, nominations aux César…), Vincent Dietschy est aussi chef monteur, chef opérateur, producteur, pour ses films ou pour ceux des autres. Parallèlement, il aime transmettre son expérience dans différentes écoles où il donne des cours et dirige des ateliers de cinéma.
Le début de l’écriture de Silure, en 2012, correspond pour lui à un tournant important, lorsqu’il décide de concevoir, à partir d’un matériau biographique personnel, un long métrage populaire, à la fois film catastrophe et film d’anticipation, dans lequel il imagine que les JO seront attribués à Paris, deux ans avant que la capitale candidate à leur organisation, cinq ans avant qu’elle les obtienne.
Quand Vincent commence à faire circuler Silure en 2014, son projet rencontre à la fois de l’enthousiasme et de curieuses résistances qu’à l’époque, il ne s’explique pas.
Faute de réussir à enclencher ce projet, il se lance dans la conception d’un long métrage atypique, Notre Histoire (Jean, Stacy et les autres), qui raconte, entre autres, la bataille de Jean, son alter ego de fiction, pour faire financer Silure.
Notre Histoire sort au cinéma à partir de 2022. « À partir », car dans une configuration sans précédent : pendant 10 ans, salle après salle, dans une seule salle à la fois ; jamais à la télévision, sur internet ou en DVD. Seulement au cinéma.
En 2025, en dépit de l’énorme charge que représente pour lui l’action judiciaire qu’il mène face à Netflix, plusieurs producteurs et un agent artistique, il termine la réalisation de son prochain long métrage, Un si beau film de cinéma.

Vincent Dietschy, été 2024 © M. B.