
Un si beau film de cinéma © Vincent Dietschy
Très bientôt
Un si beau film de cinéma
C’est un long métrage imprévu. Une surprise, y compris et d’abord pour moi-même. Il s’est imposé, naturellement, sans scénario ni préméditation.
En travaillant sur un court métrage promis aux contributrices et aux contributeurs de ma collecte, j’ai replongé dans la matière encore vive de Notre Histoire (Jean, Stacy et les autres)… et de ce travail est né Un si beau film de cinéma.
C’est un film de fiction, qui prolonge et éclaire Notre Histoire d’une lumière neuve — brutale, politique, structurante. Il revisite l’histoire intime, fragile et inachevée de Jean et de Stacy, cette tentative d’amour avortée en plein hiver 2015, dans un Paris heurté par les attentats, et par l’impossibilité pour elle et pour lui de faire advenir ce qui aurait pu les unir.

Notre Histoire (Jean, Stacy et les autres) © Vincent Dietschy
Dans Notre Histoire, Jean était confronté à l’échec d’un projet de film dont c’est peu de dire qu’il lui tenait à cœur : Silure, « le film de sa vie ».
Mais cet échec restait sans réponse, comme tant de projets de film qui se noient dans les méandres de leurs financements, sans explication précise.
Jean s’y résignait, sans comprendre. Il le prenait pour lui, et ne pouvait pas imaginer que ce projet, « trop compliqué à produire avec son auteur », serait repris sans lui, que le silure serait simplement remplacé par des requins.
Et qu’il deviendrait, sous une autre forme, un produit mondial estampillé Netflix.
Aujourd’hui, la lumière est faite.
Et cette lumière rejaillit sur son histoire avec Stacy.
Ce qui pouvait paraître flou devient limpide : ce n’est pas seulement un amour impossible, c’est un amour empêché. Un amour que la naissance de Silure aurait sans aucun doute empli d’une énergie vitale.
Dans tous les cas, un amour qui n’aurait pas été glacé par l’échec du projet de cinéma de Jean dans lequel il était prévu que Stacy joue un personnage.

Notre Histoire (Jean, Stacy et les autres) © Vincent Dietschy
Dans Un si beau film de cinéma, Jean et Stacy ne sont plus seulement deux personnes qui s’éloignent, ce sont deux personnes laminées, qu’une machine avide utilise comme combustible pour garder son équilibre et son cap, voire pour réaliser des bénéfices qu’elle croit, en les dépossédant, pouvoir obtenir de façon plus simple et plus rapide. Deux personnes dont la vraie rencontre — qui, la vie le voulant, ne demandait qu’à avoir lieu — est empêchée par un système froid, opaque.
Sous le double éclairage de la fiction et du réel, les antagonistes de Jean et de Stacy sont là, désormais bien visibles. Elles et eux agissent dans un jour cru qui les montre comme le nez au milieu de la figure.
Il y a un agent, la productrice et le producteur de Jean, une amie de Stacy, des stars de cinéma incarnant une logique industrielle qui, pour ne pas s’encombrer d’un auteur et de son regard, choisit de faire sans lui.

Notre Histoire (Jean, Stacy et les autres) © Vincent Dietschy
C’est une histoire de spoliation, mais c’est aussi et surtout une histoire de désir empêché.
Le désir circule entre Jean et Stacy, fortement.
Il se déploie, mais rien ne lui permet d’éclore. Tout le freine, l’empêche, à commencer par elle et par lui, bien sûr, pris dans leur époque, ses tabous, ses interdits. Nous sommes en 2015, deux ans avant #metoo, et Jean et Stacy n’ont pas besoin qu’on leur indique où sont les lignes rouges, par-delà lequelles les abus de pouvoir surgissent. Pouvoir qui se trouve aussi, malgré tout, entre les mains d’une actrice encore jeune telle que Stacy et d’un auteur-réalisateur de cinéma tel que Jean.
Mais le coup de grâce, le coup mortel, est porté par le milieu professionnel dans lequel lui et elle croient évoluer plus ou moins librement, et qui, en réalité, les enferme, renforce leur marginalité et leur précarité, et, au bout du compte, les abandonne à leur quant à soi, chacune et chacun de leur côté.
Leur désir, interdit de se libérer, finit par se retourner contre lui, contre elle, et par amputer leur histoire de sa chair et de ses promesses. Leur relation se meurt, contre leur gré. Comme se meurt Silure ; ce film rêvé par Jean et par Stacy, amputé de son cœur et de ses promesses artistiques — par des requins.

Un si beau film de cinéma © Vincent Dietschy
Ce changement de paradigme, qui voit les antagonistes de Stacy et de Jean sortir du bois, en induit un second, non moins fondamental.
Alors que Notre Histoire (Jean, Stacy et les autres) est raconté du point de vue masculin, celui de Jean, Un si beau film de cinéma l’est du point de vue masculin et du point de vue féminin, autrement dit du point de vue de la relation de Stacy et de Jean, qui, cette fois, occupe le centre de l’histoire.
Alors que, par l’entremise des différents narrateurs et alter ego de Jean, les « ils » et les « eux » fleurissent dans Notre Histoire (Jean, Stacy et les autres), ce sont, dans Un si beau film de cinéma, seulement des « il » et des « elle » qu’on entend.
Des « elle » et des « il » qui révèlent une vérité qu’on n’entend pas forcément dans la première version de l’histoire de Jean et de Stacy, ou pas de cette façon-là.

Un si beau film de cinéma © Vincent Dietschy
Un si beau film de cinéma est composé d’archives filmées, de fragments de Notre Histoire revisités, et de nouveaux matériaux. Il a été fabriqué avec des moyens encore plus modestes que ceux de Notre Histoire — presque au bout du bout — mais cela contribue, je l’espère, à lui donner de la force et de la beauté. Sa modestie, sa simplicité, sa pauvreté qui poussent le film à innover sans cesse, je les ai délibérément choisies pour montrer, à nu, ce qu’un auteur, Jean, réussit à faire, jusqu’où il peut aller pour continuer à créer, avec ce qu’il a, avec ce qu’il est. Ce geste, dans son économie même, me semble d’autant plus émouvant qu’il répond à ce que l’audiovisuel, avec les plateformes, compte aujourd’hui de plus industrialisé. Jean refuse de se faire aplatir, avaler, digérer. Il se tient debout face au monstre et le regarde dans les yeux.

Un si beau film de cinéma © Vincent Dietschy
Un si beau film de cinéma dure une heure trente ; un format canonique pour les salles.
Ses deux premiers quarts (autonomes) seront proposés en exclusivité aux soutiens de la collecte pour le financement de mon action judiciaire.
Le film entier, lui, est destiné au public le plus large possible.
Au contraire de Notre Histoire, volontairement préservé du flux (pendant 10 ans, salle après salle, jamais à la télévision, sur internet ou en DVD), Un si beau film de cinéma s’adresse à toutes et à tous, maintenant.
Parce qu’il le doit. Parce que c’est une preuve, un geste vital.
J’espère que vous l’aimerez.
Vincent Dietschy, été 2025

Un si beau film de cinéma © Vincent Dietschy