« Les choses les plus importantes s’expriment souvent par le silence. Un des problèmes que se posent par exemple les critiques — c’est le problème que posent toutes les luttes symboliques — réside dans le fait de savoir si on fait plus de mal à Manet en en parlant ou en n’en parlant pas. Et il y a des critiques qui tiendront jusqu’au bout à ne pas en parler. Le critique du Figaro n’en parlera qu’à la fin, quand il ne sera plus possible de ne pas en parler, parce que tout le monde en parle et parce que Manet a un succès de scandale. Mais une des stratégies les plus efficaces, au moins au début, c’est le silence. »
« Manet, une révolution symbolique »,
leçon de Pierre Bourdieu au Collège de France, 8 janvier 1999

Le Déjeuner sur l’herbe, Edouard Manet, musée d’Orsay
Pourquoi ce site
À l’origine
Ce site est né d’un refus. Ou plutôt d’une série de refus.
Pendant plusieurs mois, j’ai tenté de faire publier Non d’un film ! Lettre ouverte au cinéma dans la presse de référence — Le Monde, Libération, Télérama, Le Nouvel Obs, pour ne citer qu’eux. Des échanges ont eu lieu, parfois nourris, parfois prometteurs. Mais aucun de ces grands journaux n’a souhaité que j’adresse à son public cette lettre ouverte sur une affaire qui dépasse mon seul cas.
Car si le texte que j’ai proposé retrace mon cheminement, il raconte aussi des choses qui ont été vécues ou sont vécues en ce moment par d’autres, de façon identique, en France, au Brésil, en Suède, en Angleterre… Et c’est bien parce que la presse française et étrangère a consacré plusieurs articles à mon action judiciaire et à l’affaire que ces personnes m’ont contacté pour partager ce qui leur arrive. Avec elles des actions en commun se dessinent.
En attendant, c’est ici que paraît cette lettre ouverte, telle quelle, librement, sans adaptations ni allégements.
J’aimerais qu’au-delà d’accueillir cette lettre, ce site évolue dans le temps et devienne, humblement, une sorte de salon des refusés.
Le terme remonte à 1863, quand Napoléon III autorise une exposition parallèle pour les artistes dont les œuvres avaient été écartées du Salon officiel. Manet, Pissarro, Cézanne, Whistler y furent montrés pour la première fois.
II ne s’agit ici, pour l’instant, que de textes. Je ne me compare à personne, et nous ne sommes plus au 19e siècle, même si, en lisant les leçons de Bourdieu sur Manet, je suis sidéré de constater à quel point l’entourage des peintres de l’époque semble avoir été transporté dans le milieu du cinéma d’aujourd’hui. Sans exception, tous et toutes sont là, avec les mêmes parcours, les mêmes attitudes.
Je souhaite avec ce site m’inscrire dans la ligne de ces peintres : essayer de faire entendre ce qui a été silencié, tenter de faire voir ce qui a été mal ou pas assez vu.
Il ne s’agit pas seulement de mon expérience relative à l’affaire qui m’oppose à Netflix et que j’ai l’intention de continuer à partager ici. Cela concerne également certains de mes films ou certains des films de mes collègues, comme Thomas Bardinet (voir ici), d’autres travaux d’autres personnes aussi.
Merci pour votre compréhension et votre curiosité.
Vincent Dietschy, été 2025
P.-S. : La bataille qu’est devenue la conception et la réalisation de ce site est racontée ici.

Le Déjeuner sur l’herbe, en bas à gauche, Edouard Manet